MCLEAN est né pendant l’âge du trillium vert dans une mine abandonnée à Sudbury, un village situé à plusieurs verges du Québec. La mine vacante (un gouffre s’était ouvert jusqu’aux chaleurs de l’enfer pendant l’âge de lys) servait de domicile pour le jeune fils et son père. Ils étaient bien installés avec quelques lampes, un sofa-lit et un tapis persan d’un rouge profond et hypnotique. Parfois, le père s’absentait pour de longues périodes, mais il rapportait toujours des objets précieux après ses escapades comme un jeu de couteaux, une tondeuse ou une boîte en bambou sèche remplie de rayons de soleil. Un jour, il partit en disant « je vais rencontrer la brigade dix-sept ». Il ne revint pas. 

 

L’enfant attendit son père sur le tapis persan, en flattant cette surface comme on flatte un animal empaillé. Les jours tombèrent en succession dans le néant. Une après l’autre, les lumières manufacturées avec des techniques d’obsolescence programmée s’éteignirent. Seul dans la noirceur, il développa une ouïe sensible et se mit à entendre les voix de ses ancêtres dans les corridors rocheux et humides. Il apprit à discuter avec ces fantômes qui racontaient l’histoire de personnages comme Joe Montferrand et Tim Hortons. Les histoires étaient drôles, comme une tragédie de Molière. Il apprit aussi le sens de la vie. Une bonne fois, les voix le guidèrent jusqu’à l’entrée d’une pièce où la même chanson se recyclait en perpétuité. Il dansa en l’imitant et chantant le refrain : 

 

« Je reviendrai à Sudbury

Dans une coulée de slague Mahler

J’ai besoin de revoir l’hiver

Et les filles en bikini. »

 

Ceci lui donna finalement le courage de monter vers la surface, et il ressentit les premières chaleurs du soleil sous un épais nuage de polluants. La grande cheminée était belle et ironique et il suivit sa trainée de fumée vers le sud jusqu'à l’institut psychiatrique Mclean où il passa son adolescence comme l’assistant du jardinier André Paiement. Là, il devint grand ami avec la poète Sylvia Plath, le mathématicien John Nash et le musicien James Taylor qui lui donna sa première guitare. Il avait le don de la chanson et il apprit à composer des airs élyséens, hantés, n’ayant jamais oublié les voix de son enfance. Il reste convaincu qu'il n'a jamais rien créé, mais simplement tendu l’oreille vers ces conversations imaginaires. Elles y sont toujours, pour celles qui cherchent à les entendre.

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MCLEAN was born in a small mine shaft in Sudbury, Ontario. Abandoned for 23 years, it served as a family home for the small child and his father. They had lamps and divans and a persian rug that was a deep, unhealthy red. The father often left for days but would always return from his escapes with precious objects like a J.A. Henckels knife set, a lawnmower or sundry. One day he left telling his son : “I’m going to meet the Seventeen Brigade”. He never returned. 

 

The child spent his days waiting on the persian rug. The lack of sunlight eventually caused a rare condition known as light aphasia, which left him temporarily blind. In these formative years, he developed very sensitive hearing which enabled him to navigate the narrow, rocky corridors using the guiding voices of the ghosts that populated the underground refuge. He learnt to speak with these ghosts and they told him all about his ancestors. He found their lives humorous, even if they were often shakespearean in their tragic scope. He learnt the meaning of life: “It is the ever-changing path that you shape toward what is true and good”. Once, the ghosts guided him toward an intensifying sound. When he arrived at the source, he realized that it was the same song being repeated in perpetuity and he started dancing and singing along to the chorus. It went :

 

“ Bye, bye Miss Sudburian Pie

Took the nickel from the crater till the crater was dry

And the good old boys pulling shifts in the night

Singing : this will be the place that I die,

This will be the place that I die.”

 

After this moment, he could see again. His renewed sight gave him the courage to step outside and the natural warmth of the midday sun overtook him. A tall shadow stretched out on the ground and when he looked up, the towering smoke stack seemed beautiful and threatening in the polluted sky. He followed the cloud of smoke and walked, eventually arriving at the Mclean psychiatric hospital, where he stayed for years as gardener Chauncey’s helper. He met and befriended the poet Sylvia Plath, the mathematician John Nash, and the musician James Taylor, who gave him his first guitar. From the first time he played the instrument, he was able to compose piercingly beautiful songs, having never forgotten the ghostly whispers from his childhood. He is still convinced that he has never truly created anything, but only translated these imaginary conversations. They are still there, for anyone willing to listen.